Entretien avec Annie Gasnier, présentatrice de "Radio Foot Internationale" à RFI

 

L’UNESCO a le plaisir de rendre cet entretien disponible et libre de droit en version texte et audio pour célébrer la Journée Mondiale de la Radio 2018. Les stations de radios sont tout particulièrement encouragées à diffuser cet entretien, que ce soit dans sa totalité ou bien en extrayant les réponses et en posant les questions directement.

L'UNESCO a eu la chance de s'entretenir avec Annie Gasnier, journaliste et présentatrice de l'émission "Radio Foot Internationale", RFI (Radio France internationale).

 

 

 

Quelle a été votre expérience en tant que journaliste sportive ? Selon vous, est-ce compliqué/difficile d’être une journaliste (une femme) à la radio ? Comment vos auditeurs ont-ils réagi lorsque vous avez commencé votre carrière de journaliste sportive (en tant que femme) à l’antenne ?

Je ne suis pas une journaliste sportive. Je suis d’abord une journaliste et je pense que ça c’est toute la notion qui fait la différence. C’est-à-dire que j’ai un parcours où d’abord j’ai fait des études de journalisme avant de travailler dans le service des sports. J’ai une longue expérience de terrain, j’ai passé 20 ans en Amérique du sud, j’ai été correspondante notamment pour RFI et pour d’autres médias français et francophones et ensuite, j’ai atterris au service des sports. Au début c’était pas simple, d’abord parce que je n’avais pas l’expérience justement. J’avais une vague expérience au Brésil où tous les 4 ans il y a une coupe du monde, et donc le brésil étant toujours une des équipes favorites, j’étais obligée de travailler beaucoup sur le football ; mais sur le football européen, la ligue des champions, je n’étais pas forcément ni connaisseuse ni donc légitime. Donc, j’ai beaucoup travaillé au début et heureusement j’avais une équipe où j’avais deux passionnés de foot autour de moi et ça m’a beaucoup aidé et puis le service des sports de RFI qui évidemment était là pour ça.

Quand on va parler du football turc, pourquoi les joueurs partent en Turquie actuellement ? On va parler plus de géopolitique. Quand le Qatar se retrouve avec les frontières fermés, est-ce qu’ils pourront organiser une coupe du monde ? Donc, on va un peu au-delà et je pense que c’est ça aussi qui fait que je suis crédible à mon poste. 

Voyez-vous une différence entre la façon dont les athlètes féminines sont représentées comparé aux athlètes masculins ?

Oui. Alors ça dépend des disciplines sportives. Mais, le football étant quand même un sport très masculin. En tout cas moi, je ne suis pas du tout une admirative du football féminin par définition. Et c’est vrai qu’on entendra souvent : « ah elle est mignonne ». Des propos qu’on se permet alors qu’on ne va pas se les permettre sur Cristiano Ronaldo ou sur Messi. Qu’ils soient beaux ou moches, on parle de leurs pieds, de leur talent, de leur corps, de leur ballon d’or donc il y a une différence là-dessus effectivement. Mais dans d’autres sports où les femmes sont plus « légitimes » ou « crédibles, je pense à l’athlétisme, je pense au volley, je pense au basket, il y a de plus en plus, en tout cas en France, de gardes fous.

Comment pensez-vous que la radio et les autres médias pourraient contrer ce phénomène/la représentation qui est faite ?

En n’insistant pas toujours sur le côté physique et sur le côté subjectif. C’est-à-dire parler d’abord de quelqu’un dans le sport par sa capacité et par sa valeur, sa valeur sportive bien sûr. Après, oui je pense que c’est une émulation collective et surtout on peut le faire élégamment de tacler, de mettre en boîte quelqu’un, de plaisanter ou de lui faire réaliser un peu ce qu’il a dit. Mais ça peut ne pas être agressif, et je pense que la personne s’en en apercevra mieux d’ailleurs.

Quelle est la couverture faites des sports populaires au niveau communautaire ? Comment les médias peuvent-ils améliorer la couverture de ces sports populaires et communautaires ?

Je pense que là ça peut peut-être sortir du cadre sportif parce que malgré tout, le sport c’est le résultat, la performance et finalement les compétitions et les récompenses. Donc, la solution c’est peut-être de le faire sortir uniquement du cadre sportif. Par exemple, parce que ça s’inscrit dans un contexte social d’un quartier, d’une communauté, d’un pays, d’une région. Parlons de la pelote basque, je ne vois pas comment dans le service des sports, nous ici, on peut en parler, surtout quand on a une radio internationale. Par contre les médias de Biarritz, de Bayonne, c’est complétement logique qu’ils parlent de la pelote basque. Ils ont leurs championnats régionaux, ils ont leurs héros régionaux, mais tout le monde connait les codes. Sur RFI, on a par exemple un programme qui s’appelle « grand reportage » où on va parler de la Syrie en reconstruction ou du Tchad qui manque d’eau et puis on va aussi parler de la pratique de la pelote basque dans la région de France, d’Espagne, voir les basques qui sont partis vivre en Amérique du Sud par exemple. Donc, je pense que dans ce cas-là, il faut le sortir du côté sportif, parce que là ce n’est plus une performance même si c’est une pratique sportive. Mais, je pense que là elle a plus un rôle social qu’un rôle de performance.

Pourquoi pensez-vous qu’il est important de couvrir dans les médias un plus grand éventail de sports et particulièrement à l’antenne ?

Parce que c’est la globalisation. Je pense qu’effectivement quand on dit « ah il y a eu la coupe du monde en Afrique du Sud en 2010 » enfaite l’Afrique du sud n’est pas un pays de football, mais ça les gens ne le savaient pas. Alors après que ce soit la première fois qu’un pays africain l’organise, Mandela oui mais les gens ne réalisaient pas que l’Afrique du sud qui reçoit une coupe du monde n’est pas forcément un pays de football et c’est surtout un pays de rugby par exemple.

Afin d’assurer une couverture plus diversifiée et plus équitable des genres dans le sport, quel serait votre message pour la Journée mondiale de la radio 2018 ?

Evidemment que le journalisme sportif est encore très masculin, et que pour ce qui est des genres, c’est encore un peu compliqué mais j’ai l’impression que si une fille est compétente, je pense qu’elle est acceptée sans aucun problème dans les tribunes dans le parc des princes ; on ne va pas la montrer du doigt. Après je pense que c’est avant tout ça. C’est sûr que la direction a aussi son rôle à jouer : est-ce qu’elle laissera des femmes aller dans ce genre de service des sports ou dans les couvertures sportives.