Pour les athlètes réfugiés, la vie au-delà des Jeux Olympiques.

L’UNESCO a le plaisir de rendre cet entretien disponible et libre de droit en version texte et audio pour célébrer la Journée Mondiale de la Radio 2018. Les stations de radios sont tout particulièrement encouragées à diffuser cet entretien, que ce soit dans sa totalité ou bien en extrayant les réponses et en posant les questions directement.

L'UNESCO a eu la chance de parler à Erin Hayab, qui en 2016 a reçu le prestigieux prix "Peace and Sport Awards", pour son travail sur les athletes refugiés. Son projet ‘From Refugee Camp to Rio’ donne, à travers des images, des témoignages personnels et des histoires approfondies, un aperçu rare de la vie quotidienne des athlètes réfugiés. Pour Erin c’est un projet qui est toujours en cours car elle a déjà les yeux fixés sur les Jeux olympiques de Tokyo afin de continuer à retracer l’incroyable aventure de ces athlètes.

Q. Vous avez amené des athlètes réfugiés au cœur des Jeux Olympiques de Rio en 2016. Comment était-ce de présenter leur histoire devant des spectateurs du monde entier ?

Cela a été un projet de passion et de persévérance, mais aussi de compétences et de connaissances personnelles. Je travaille comme humanitaire au Kenya et au Moyen-Orient, et mon mari est un photographe spécialisé dans le sport. En utilisant nos deux intérêts, nous avons réussi à sortir cette histoire et à travailler sur ce projet.

Q. Aujourd’hui, quand vous regardez en arrière, quel a été l’ingrédient clé de ce succès ?

Travailler vraiment pour connaitre ces réfugiés !! Je pense que beaucoup de gens ont vu les athlètes dans le stade à Rio et ils avaient les mêmes vêtements que tout le monde. Ils ressemblaient à des athlètes de niveau mondial ; ils étaient des athlètes de calibre mondial. Nous avons passé du temps – et maintenant nous avons passé quelques années – à apprendre à connaître ces athlètes et les entraineurs ainsi que l’histoire qui se cache derrière eux. Aller dans les camps, aller dans les huttes où vivent leur famille et leurs amis, demande beaucoup de dévouement. Cela explique en grande partie l’ampleur du succès, et espérons-le, du succès futur de ce projet.

Q. Dans le monde, il existe d’innombrables exemples d’initiatives sur « le sport en faveur de la paix ». Pourquoi pensez-vous que ces initiatives sont peu couvertes médiatiquement ?

Les individus ont besoin de trouver un moyen de se rattacher à quelque chose, et le sport est un excellent outil pour aider les gens à s’associer à des causes auxquelles ils ne sont probablement pas familiers. Avoir une équipe olympique de refugiés : les gens connaissent les Jeux olympiques, ils ont entendu parler des refugiés, mais le fait de rassembler les deux amène les gens à réfléchir sur le sujet, en s’interrogeant sur ce qui est en train de se passer. Je pense que ces histoires ne sont pas tant racontées parce que les individus pourraient ne pas savoir grand-chose sur un sujet précis, comme les sujets complexes sur les refugiés et les déplacements. Les initiatives pour le sport en faveur de la paix sont merveilleuses et incroyables mais elles se perdent au milieu des autres évènements de l’actualité. Donc, ma suggestion serait de réussir à tirer ces histoires où les gens peuvent s’identifier et comprendre quelque chose.

Q. Les athlètes réfugiés ont été au cœur des jeux de Rio. Néanmoins, après cela, nous n’en avons plus beaucoup entendu parler à la radio, à la télévision et dans les médias en général.

Je pense qu’ils voient cette histoire au moment où elle se produit et qu’elle attire alors beaucoup d’attention. En fait, notre livre sera publié en 2019, début 2020, juste avant les prochains Jeux olympiques, avec l’espoir de faire réapparaitre cette histoire sur le devant de la scène. C’est une partie d’un problème beaucoup plus large.

Mais vous avez raison, l’histoire a fait les gros titres et désormais on entend à nouveau « que se passe-t-il avec les refugiés ou les migrants ? » On n’entend plus l’histoire en boucle. Les histoires qui ont été publiées étaient très superficielles et n’abordaient pas les questions plus profondes comme ce que cela signifie d’être un athlète refugié. C’était en réalité juste leur arrivée au JO qui était soulignée. Donc, je pense que c’est un processus vraiment complexe ; ce qui pourrait expliquer pourquoi ils sont perdus. Ces histoires touchent les gens qui veulent les entendre, mais ils doivent aller plus loin et faire entendre ces histoires au public qui pourrait ne pas avoir les clés de compréhension du contexte. Les gens qui racontent les histoires doivent trouver un moyen d’atteindre le public qui serait intéressé et qui voudrait donc s’impliquer ou faire quelque chose pour aider.

Q. Votre rapport a attiré l’attention du monde entier sur ces athlètes. Diriez-vous que cela montre clairement le genre de réception que votre rapport et que les joueurs ont eu, qu’il y a un indéniable besoin de couvrir ces histoires ?

Oui, je pense qu’il y a un immense besoin de couvrir ces histoires. Il est nécessaire de combiner deux choses différentes : le côté humanitaire et le côté sportif, l’aspect de paix. En utilisant un outil comme les Jeux olympiques – une équipe d’athlètes refugiés – les gens peuvent comprendre et savoir le fond des JO, ils peuvent utiliser cette plateforme pour parler de ces questions complexes de migration, de déplacement, de conflit. C’est ce que les programmes ou initiatives sur le sport en faveur de la paix tentent de résoudre. Cependant, en utilisant un outil pour que les individus puissent s'identifier, ils comprendront mieux ce que cela signifie d’être un athlète. C’est ce que notre livre espère faire, aider les individus à comprendre.

Lire un livre sur un athlète olympique, un opprimé, qui vient d’un camp de refugiés, qui vient de fuir la guerre, quelle est son histoire qui l’a conduit sur la scène internationale ? Il y en a très peu qui auraient cette opportunité, mais parlons maintenant de ce qui les passionne c’est-à-dire apporter la paix au Soudan du Sud ou en Syrie. En premier lieu, qu’est ce qui les a poussés à devenir refugiés ? Beaucoup d’entre eux étaient des athlètes bien avant de devenir refugiés et ils souhaitent utiliser cette plateforme qu’on leur a donné afin de raconter leur histoire et faire entendre au monde entier ce qui doit être entendu.

Q. Quelle était l’égalité des genres parmi les athlètes réfugiés?

L’égalité des genres dans le programme au Kenya est assez bonne, notamment grâce à Tegla Loroupe, une coureuse kenyane célèbre qui a aidé à fonder le centre de formation à Nairobi où les athlètes réfugiés restent et vivent. C’est une femme et pour elle, pouvoir amener des athlètes féminines est primordial. Ils ont un capitaine de l’équipe masculin et féminin. Ils essaient de faire venir des femmes qui sont dans des camps. Cependant, il y a différents problèmes culturels et des problèmes liés au genre de la part des familles. Certaines familles ne laissent pas l’athlète quitter le camp ou partir de chez elle pour aller s’entrainer car les femmes ont des responsabilités envers leur famille.

Donc, parmi les athlètes que j’ai rencontrés, les femmes venaient seulement du Soudan du Sud. Il n'y avait pas de filles somaliennes ou éthiopiennes. Je n’ai vu aucune autre nationalité venir s’entrainer, Bien que d’autres personnes aient été qualifiées pour l’entrainement, leur famille les a empêché craignant pour leur sécurité lors du voyage. Nous devons suivre un processus afin d’aider ces athlètes féminines à devenir des modèles. Il y en a déjà – beaucoup d’entre elles retournent et encouragent leurs amis à s’impliquer ou à participer de différentes manières à des sports. La grand-mère d’une des athlètes qui n’est pas allée à Rio mais qui s'entrainaita compris que même si elle venait d’une génération où les femmes ne faisaient pas de sport et n’allaient pas à l’école, il était important d'aider sa petite fille a réaliser son rêve. Afin d’encourager les jeunes femmes à briser les normes et qu’elles aient l’opportunité de le faire, nous avons besoin de personnes comme ça dans les familles.

Q. Pensez-vous qu’un medium comme la radio est la plateforme idéale pour raconter l’histoires de telles athlètes ?

Je pense que la radio est une excellente plateforme médiatique et elle est largement utilisée dans les camps de réfugiés. Elle est accessible, tout le monde a une radio, les gens écoutent la radio, c'est toujours allumé. Dans les camps, il y a des stations de radio dirigées par des réfugiés, alors on peut certainement le dire dans leur langue tribale. Et c'est un moyen d'interviewer les athlètes et de partager leurs histoires entre les membres de la communauté, et ce à plus grande échelle. Lorsque les Jeux olympiques se sont déroulés et que le décalage horaire a rendu la tâche très difficile, les gens écoutaient toujours la radio pour rester informer des aventures de leurs amis ou des membres de leur famille à travers le monde. Ils étaient si fiers d'eux et pouvaient s'identifier. Ils disaient : « Hey, les réfugiés sont représentés ». Alors oui, je pense que la radio joue un rôle très important.