La légende du rugby sud-africain, François Pienaar, s'exprime sur la puissance unificatrice de la radio et du sport

L’UNESCO a le plaisir de rendre cet entretien disponible et libre de droit en version texte et audio pour célébrer la Journée Mondiale de la Radio 2018. Les stations de radios sont tout particulièrement encouragées à diffuser cet entretien, que ce soit dans sa totalité ou bien en extrayant les réponses et en posant les questions directement.

Nous avons avec nous un invité très spécial d'origine sud-africaine - l’ancien capitaine de rugby sud-africain, François Pienaar. Comme jamais auparavant, il a contribué à rapprocher la nation « arc-en-ciel ». Sa relation avec l'ancien président de l'Afrique du Sud, Nelson Mandela, fait maintenant partie du folklore et a également été traduite dans le film à succès Invictus.

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En 1995 à Ellis Park, on pouvait entendre:"Quand le coup de sifflet a retenti, l'Afrique du Sud a changé pour toujours". A partir de ce "flashback", que pouvez-vous partager avec nous? 

C'était un moment incroyable. Beaucoup d'émotions aussi. Après le retentissement du coup de sifflet, je ne pense pas que nous avons réalisé l'impact que cette victoire a eu sur la nation sous le contrôle de monsieur Mandela. Pour la première fois dans l'histoire de notre pays, tous les sud-africains étaient vainqueurs de la Coupe du monde.

Il est reconnu que le président Mandela a utilisé le rugby, un sport majoritairement dominé par la communauté « blanche », afin d’unir et rassembler la nation. Le slogan « une équipe, un pays » a été inventé pour combler le fossé entre les communautés. Aujourd'hui, quand vous regardez en arrière, selon vous, quelle a été l’ampleur de ce succès?

Le succès était incroyable et très intelligent. Quand on rentre dans une salle de réunion et que l'on voit « une équipe, un pays », cela attire immédiatement notre attention. Nous savions que ce qui était entrain de se produire allait être important si nous le faisions bien. Néanmoins, nous ne savions pas à quel point ça allait avoir un impact; que notre nation se rallierait derrière l'équipe et derrière un sport dominé par les « Blancs » et détesté par les « Noirs » sud-africains. Au cours des 6 semaines, ils sont devenus une sorte de fans et ils sont venus à aimer le jeu joué pour les Springboks.

Comment la couverture médiatique d'un tel effort entrepris par vous et monsieur Mandela a-t-elle été produite? Quelle a été l’importance du traitement médiatique et la façon dont les médias ont décrit la situation? 

Sans les médias, les individus ne savent pas ce qui se passe. Le rôle des médias est crucial pour informer les individus, avoir le ton approprié, et assurer le bon équilibre. Dans cette aventure, les médias ont joué un rôle central pour informer les individus. Plus particulièrement la radio car dans les zones rurales sud-africaines (les « townships ») les populations auraient seulement accès à la radio. Ils n’auraient pas d'accès à la télévision et seraient donc collés à leur poste de radio, suivant ainsi les matchs et résultats..

À l'occasion de la Journée mondiale de la radio, nous militons pour la couverture de telles histoires. Quand vous regardez en arrière et quand vous pensez à la narration médiatique, pensez-vous que cet extraordinaire moment, qui a également été traduit en film, aurait pu se passer du soutien de la radio, de la télévision et des médias?

Encore une fois, comment partagez-vous des émotions, comment partagez-vous le changement, comment partagez-vous des points de vue et des récits avec des individus sans les médias? La radio est l'un de ces médias puissants auquel j’apporte une affection particulière. Vous êtes capturé par la radio, lorsque vous conduisez pour aller travailler le matin et rentrer à la maison le soir. Étant donné les embouteillages (et ce à l'échelle mondiale), c'est là que vous êtes le plus à l'écoute de ce qui est partagé et des débats qui se tiennent.

Je voudrais également vous parler de votre relation avec M. Mandela; beaucoup a été écrit à ce sujet, y a-t-il encore quelque chose que nous ne savons pas et que vous aimeriez partager avec nous?

J'ai eu tellement de chance que ma relation avec M. Mandela perdure après la Coupe du monde de 1995. Il était le parrain de nos deux enfants et il s'est même invité à notre mariage. Nous avons eu une relation incroyable avec lui et avec Mme Graca Machel à ses côtés. J'ai eu tellement de chance d'avoir une si bonne expérience avec l'un des plus grands leaders du monde.

Pour la Journée mondiale de la radio, nous célébrons la puissance unificatrice du sport et de la radio. Comment pensez-vous que la radio, qui est très puissante dans votre pays, peut être utilisé davantage comme moyen de sensibilisation - comme ce fut le cas avec les Springboks en 1995? 

L'un des attributs que vous devriez développer est la narration, parce que la narration est si puissante, et c'est ce que la radio fait de mieux comparé aux autres médiums. Écouter la voix d'une personne qui parle et raconter une histoire sont beaucoup plus captivants que de voir quelque chose à l'écran, en tout cas pour moi. Ainsi, lorsque vous vous rendez au travail et que vous conduisez chez vous et que vous avez votre radio, les débats qui se déroulent, surtout en Afrique du Sud, c'est incroyable de pouvoir entendre les gens s'exprimer.

Quel est votre message pour la Journée mondiale de la radio?

Continuez à partager des histoires, continuez à raconter de belles histoires et inspirez les individus